Voilà plus de cinq ans qu'Hacène s'était installé à Calais. Le début de la reconquête de sa vie, selon Foued, le parrain de son fils. « Il a rencontré sa compagne quand il est arrivé à Calais, ils se sont installés, ont eu leur bébé, en voulaient un deuxième », raconte-t-il.
Les deux jeunes hommes d'une vingtaine d'années à l'époque, originaires de Saint-Pol-sur-Mer, sont arrivés ensemble à Calais. « On était compagnons de galère. Hacène, c'était plus que mon ami, c'était comme mon frère. On a connu la rue, fait des bêtises de jeunesse mais rien de grave.
Aujourd'hui il s'était rangé, il avait réussi à se construire. » Hacène, « c'était un bonhomme, se souvient Foued. Il avait des amis de partout. Quand il est mort, il y en a qui sont venus de Dunkerque, de Saint-Pol, même de Paris. Il avait le coeur sur la main, il partageait toujours avec ses amis même si lui était pas mieux qu'eux, il partageait. Quand il a eu son appartement, il n'hésitait pas à héberger des gens ».
Hier après-midi, dans l'appartement d'Hacène, Foued et son amie nettoyaient, récupéraient des affaires pour les ramener à Saint-Pol-sur-Mer. « On va tout jeter. Et on ne remettra plus les pieds ici. Je vais tout vider, payer ce qui reste à payer et rendre les clefs. Sa femme, elle, ne reviendra plus. Elle va rester à Saint-Pol, près de la famille d'Hacène. »
« On ne l'oubliera jamais »
Amer, il raconte les projets de son meilleur ami : en rupture avec ses parents depuis des années, Hacène avait recontacté sa mère il y a peu et voulait lui présenter son fils. « Il a attendu d'être bien, de pouvoir être fier de lui présenter son fils de deux ans et demi. Son fils, c'était tout pour lui », explique-t-il.
Dans le salon s'entassent encore les cadeaux de Noël du garçon : une petite moto, une console de jeux, des jouets... Sur une chaise, le costume de père Noël porté par son père n'a pas bougé. « Même la viande de Noël est encore dans le four, on n'y a pas touché », montre Foued.
« C'est trop injuste : après une vie de galère, il allait tout avoir, tout, se désole-t-il, encore sous le choc. Il était installé avec sa compagne, il travaillait dans le bâtiment depuis un mois. On allait lui faire un CDI. Il était tellement heureux de pouvoir enfin subvenir aux besoins de sa famille : tout ce qu'il avait, le moindre centime, c'était pour son fils », raconte son ami pour qui l'injustice est d'autant plus difficile à accepter que le geste du meurtrier lui paraît gratuit : « Celui qui l'a tué, c'est un jeune de notre âge, 25 ans. Mais on ne le connaissait pas, on ne l'avait jamais vu. On ne tue pas un mec à coup de sabre parce qu'on a bu un coup de trop. Les gens sont fous ». Et d'avouer qu'il a encore du mal à réaliser la mort de son ami.
Hier soir, il avait prévu d'emmener des amis en voiture à Saint-Pol, pour faire le tour des endroits qu'il aimait fréquenter avec Hacène. Foued retient ses larmes : « C'est toujours les bons qui partent. Pour moi, une chose est sûre, Hacène reposera en paix. On ne l'oubliera jamais ».
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AMANDINE FARAUD
> L'autopsie a établi qu'il y a eu aumoins un coup de sabre. Hacène Blomme, qui prévoyaitde retourner s'établir à Saint-Pol-sur-Mer, sa ville natale, doit y être enterré.



